Allemagne « Cycle porcin » : Détruire des pommes de terre pour le profit
Plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent dans l’extrême pauvreté. Elles n’ont pas seulement accès à l’éducation et à l’énergie, et beaucoup souffrent aussi de la faim. Pendant ce temps, des pommes de terre pourrissent dans les champs allemands, ou finissent par tonnes à la poubelle ou dans des usines de biogaz.
Rareté artificielle
La raison tient à l’absurdité du système économique : la récolte de cette année est, paraît-il, la meilleure depuis 25 ans. Le rendement total s’élève à 13,4 millions de tonnes. Cela représente environ trois millions de tonnes de tubercules de plus que nécessaire pour approvisionner l’Allemagne. Par conséquent, afin d’éviter une chute des prix – qui serait avantageuse pour les consommateurs mais réduirait malheureusement les profits des grandes chaînes de distribution, les détaillants et les fabricants n’achètent pas de grandes quantités de la récolte.
Bien sûr, personne n’imagine produire des aliments de longue conservation à partir de pommes de terre bon marché, et encore moins nourrir les affamés avec les surplus. Ce précieux héritage agricole est donc brûlé, pourrit dans les champs ou finit à la poubelle. Nous connaissons déjà ce problème que nous nous infligeons nous-mêmes, avec les « montagnes de beurre », les « lacs de lait » ou les masses de céréales qui pourrissent dans les entrepôts ; ces récoltes pourraient soulager la faim, mais n’atteignent jamais les plus démunis, faute de pouvoir d’achat.
« Cycle du cochon »
La pénurie artificielle, obtenue par la destruction des ressources à des fins lucratives, est monnaie courante dans le capitalisme, qui ne se soucie guère des masses. Les agriculteurs sont les premiers à en souffrir, subissant de plein fouet l’effondrement des prix. Ils ne reçoivent actuellement que six à sept centimes par kilo de pommes de terre, comme ils l’ont indiqué aux médias. Ces mêmes tubercules sont désormais vendus dans des supermarchés comme Rewe et Aldi entre 70 centimes et un euro le kilo, paraît-il. De cette façon, du moins pour les supermarchés, l’activité reste rentable.
Dans le jargon des « experts » du marché, ces fluctuations périodiques de l’offre et des prix, quasi imprévisibles dans le secteur alimentaire, portent même un nom : le cycle porcin . Dans cette folie où seuls les profits des grandes entreprises comptent au détriment de l’approvisionnement de la population, les petits et moyens producteurs qui cultivent (ou ont cultivé) les terres, tout comme les consommateurs, sont toujours les grands perdants.